Tierra Viva 2009 – Récit de course


Pour Pascal et moi, l’aventure Tierra Viva a débuté en décembre dernier. L’événement de format expédition (plusieurs jours non stop) et non supporté avait pour siège la ville de San Martin de los Andes dans les montagnes de la cordillère des Andes. L’hiver a passé très rapidement avec l’entraînement où nous devions souvent braver le froid en vélo, à la course à pied et même en kayak (oui, oui!) sur la rivière Magog.

Le 17 mars, nous avons quitté Magog pour prendre l’avion de New York jusqu’à Bariloche et finalement rejoindre San Martin de los Andes en mini bus. La première journée à San Martin (le jeudi 19 mars), nous sommes allés faire un tour en vélo de montagne. Nous avons vite constaté que nous allions manger de la poussière.

La seconde journée, c’est en trek que nous sommes allés nous promener. Nous avons découvert les fameux bambous dont Vera nous avait tant parlés. Morale de l’expérience; ÉVITER les bambous! Ils poussent en paquets serrés, donc difficile de « bushwalker ». Ces deux journées de reconnaissance nous ont permis de se mettre en confiance avec le terrain.

Le samedi marquait le début des activités officielles. Nous devions compléter notre inscription. En vrai Canadiens ponctuels, nous étions les premiers devant la porte! Nous nous sommes ensuite rendus à la plage pour choisir notre kayak. Satisfaits de l’essai sur l’eau, nous y avons apposé notre collant #8!

Le dimanche soir venu, c’était la remise des cartes et des instructions pour la première section. Le reste des instructions allait nous être fournis au fur et à mesure de la course. Le parcours allait se dessiner comme suit :

Vélo Prologue 12km – Vélo 95km – Kayak 60km – Trek 28km – Vélo 160km – Vélo 16km – Trek 17km – Vélo 48km – Vélo 10km – Kayak 30km – Trek 32km – Kayak 30km – Vélo 10km

Total : Vélo 339km + Kayak 120km + Trek 77km = Tierra Viva 548km!

Après une bonne nuit de sommeil vint enfin le jour « J ». Nous devions remettre nos sacs de transition, préparés minutieusement la veille pour ensuite compléter le prologue de 12km en vélo pour se rendre au lieu de départ.

Finalement, le moment tant attendu, le départ! Il a été donné à 13h sous les cris du groupe faisait le décompte en espagnol! Sur les 95km de gravier, les bosses en planche à laver nous ont rapidement fait apprécier nos vélos doubles suspensions et nos supports arrière pour les bagages!

Nous avons rejoint le PC1 Camp 1 après 5h30 de vélo durant lesquelles le soleil et la chaleur nous ont rappelé que nous venions d’un climat beaucoup plus hivernal! Du Camp 1, nous partions en kayak pour compléter une boucle de 60km sur trois grands lacs. Durant cette étape la navigation en kayak de nuit sans lune ni lumière artificielle était difficile. Plusieurs équipes de tête ont manqué un PC et ont dû retourner le chercher (un aller retour de plus de 6h!).

Suite au kayak, nous avons pris la décision de ne pas dormir et d’entamer le trek, contrairement à la plupart des autres équipes. Cette décision venait du fait qu’il y avait un temps de coupure à 21h. Nous avons quitté le Camp 1 pour le trek en première position! Après avoir cherché le bon sentier pendant presque une heure, nous avons finalement entamé la montée et au lever du soleil, nous rejoignions le PCV1 avec une superbe vue sur le sommet conique du volcan Lanìn.

De retour au Camp 1 après 13h de trek, nous reprenions les vélos pour la plus longue section de la course (160km). Dans notre stratégie de course, nous avions prévu dormir sur le parcours durant cette longue section afin de la couper en deux. Notre plan initial était de dormir 2h, en bordure de la route. Après un temps qui paru interminable pour s’endormir, je me fais réveiller en sursaut par Pascal à 1h du matin!!!!!! 2h30 plus tard que prévu!! Ma montre ne m’a jamais réveillé et celle de Pascal était mise à 10h40…AM! Belle gaffe…

Nous avons enfourché en trombe nos vélos pour nous rendre à la traverse de rivière où nous avons appris que nous étions maintenant 9ième. De l’autre côté, 70km de vélo nous attendaient avant de rejoindre la transition.

Une rapide transition au Camp 2 nous a permis de repartir en première position (les autres équipes dormaient) en vélo encore (!), pour une bonne montée avant de rejoindre le point de départ du trek où nous laissions les vélos. Avant de quitter le Camp 2, les organisateurs nous ont informés que la prochaine section de vélo était annulée dû au fait que la course se déroulait plus lentement que prévu.

Durant le trek, nous avons été rejoints par trois équipes et ce peloton s’est suivi jusqu’au point le plus élevé de la course, le sommet de Chapelco à 2366m d’altitude. La vue était tout simplement magnifique.

De retour aux vélos, nous avons englouti les hamburgers achetés avant notre départ et cachés sous nos cuissards! Juste avant de repartir, les bénévoles tentent de m’expliquer en espagnol que mon pneu avant était à plat. J’ai rapidement remis de l’air et croiser mes doigts pour que ça tienne. Malgré l’énorme bosse dans mon pneu, nous avons effectué la descente à un rythme satisfaisant.

Cette visite au Camp 2 a été notre dernière rencontre avec nos sacs de transition. À ce point, nous repartions premier, car l’équipe chilienne avait décidé de dormir. La section de kayak de nuit s’est bien déroulée. Un bateau de la garde côtière nous a aidés à trouver le passage étroit entre les deux lacs, mais nous avons tout de même failli emboutir à pleine vitesse une île complètement invisible dans la noirceur.

Nous avons atteint le bout du lac avant le lever du soleil. À ce point, le brouillard et le froid commençait à nous ralentir. Afin de partir le trek de jour et bénéficier d’un dernier repos, nous avons décidé de dormir 1h30 sur le bord du feu.

Nous avons entamé le dernier trek de 32km en première position, mais sans connaître notre avance sur les autres. Au second PCV du trek, nous avons reçu une nouvelle qui nous a glacé le sang. L’équipe qui nous poursuivait (les Chiliens) avait trouvé notre passeport. Pascal regarde dans sa poche et confirme qu’il nous manque effectivement un passeport! Le bénévole nous indique que nous devons continuer la course normalement et que Guri nous informera s’il y aura une conséquence…

Suite à cet incident, notre moral, notre motivation et notre rythme ont grandement diminué. Il faut comprendre que nous avions deux passeports durant cette course. Un dans lequel nous devions poinçonner les PCV (les PC souvent sans personne et dont la seule preuve de notre passage est notre passeport); celui-ci nous l’avions! L’autre passeport servait à écrire nos temps de passage aux PC où des gens étaient présents. Ce temps de passage était aussi inscrit sur une autre feuille. Notre passeport perdu n’était donc pas la seule preuve de notre passage.

Toujours sans savoir ce qui adviendrait avec notre passeport, nous avons atteint le PC7 en fin de journée où nous redemandons quelle est la conséquence de notre passeport manquant. On nous informe alors qu’il n’y aura pas de conséquence. OUF!!!! Quel soulagement! Nous sommes repartis sur l’eau, le corps rempli de motivation pour finir ce dernier droit jusqu’à l’arrivée.

Le retour à San Martin a été très rapide, car un bon vent nous soufflait dans le dos. Cependant les vagues deviennent de plus en plus grosses avec le lac qui s’élargit. À la tombée du jour, elles sont si grosses qu’il faut être très alertes pour garder le kayak à flot. Nous avons tout de même continué et finalement atteint la plage de San Martin vers 22h30, maintenant à moins d’une heure de l’arrivée.

La foule présente semblait intriguée. On a vite fait de nous demander si nous avions vu les Chiliens; non?! C’est à ce moment que l’on apprend qu’ils étaient à seulement 10 minutes derrière nous au début du kayak. Sans perdre une minute, nous sautons sur nos vélos; il n’y avait pas de temps à perdre!

Après une courte mais intense section de vélo, la musique à tue tête et les applaudissements de la foule nous accueillent chaleureusement à la ligne d’arrivée que nous croisons après 82h13 minutes de course intense. On nous remet une bouteille de champagne qu’on s’empresse de boire. On parle à la caméra dans un anglais cassé par la fatigue mais les gens rient et nous aussi!

La pizza et le coke qui nous sont offerts sont absolument délicieux! Plus d’une heure après notre arrivée, la deuxième équipe n’arrive toujours pas. Nous allons donc nous coucher dans notre mini tente sans aucun matelas de sol pour un sommeil bien mérité.
À notre réveil, nous rencontrons finalement l’équipe chilienne. Nous apprenons que les vagues les ont effrayés et qu’ils ont décidé de s’arrêter pour la nuit. C’est ce qui explique l’écart de 4h50.

Après deux bonnes journées de repos à manger et dormir, nous nous sommes présentés à la cérémonie de clôture en fin de journée samedi. Nous avons été présentés en dernier comme l’équipe gagnante de ce grand raid. Guri a mentionné le niveau de préparation que nous semblions avoir et surtout l’organisation dont nous faisions preuve dans les transitions.

La dernière journée a été passée à ramasser pour être prêt pour le long retour de 40h! Tout s’est bien passé, mise à part une petite frousse quand ma boîte de vélo n’arrivait pas sur le convoyeur de JFK. Mais tout a fini par arriver et nous avons retrouvé Magog en fin de journée.

4 Réponses

  1. Phylip

    Wow… Super les gars.Vous êtes vraiment fort et cela ne me surprend pas que vous avez terminer dans le top.Vous être des machines !Je suis super content pour vous et je suis fière d’avoir eu la chance et le privilège d’avoir vécu une expériende semblable avec vous dans le passé.

    5 avril 2009 à 7:17

  2. Salut le Team Kinetik !
    Ultratraileur français et Raideur à mes heures perdues (http://lacordee.blogspot.com/) , je suis de temps en temps vos exploits, intrigué que je suis par la scène Adventure Racing de votre côté de l’Atlantique. Je suis en train de monter actuellement une équipe pour la Tierra Viva 2012 et j’aurais aimé avoir quelques retours d’expérience sur cette compétition. Je ne connais pas du tout le terrain là-bas et en dehors du fait que le point culminant semble se trouver à 2300m, je n’ai aucune idée de la difficulté sur place… Impossible de trouver notamment une indication sur le dénivelé positif. Je me demande aussi quel est le niveau de difficulté auquel s’attendre concernant la technicité des parcours VTT (beaucoup de single track ? porté de vélo en montée ? ) et ceci afin d’optimiser notre entrainement ! Merci d’avance et bon vent au Team !
    Basile

    21 juillet 2011 à 6:47

    • Francis Lambert

      Bonjour Basile,

      Merci de ton intérêt pour notre équipe de course. La course Tierra Viva est LA plus belle course à laquelle j’ai participé jusqu’à maintenant. Le terrain dans cette région de l’Amérique du Sud est à la limite entre les montagnes de la Cordillère des Andes et les plaines désertique de la Patagonie. Les sections de trail sont habituellement en montagne sur sol rocheux et en forêt sur sentiers. Les sections de VTT sont peu technique; surtout de longues distances sur des chemins de gravier. L’orientation carte et boussole n’est pas très complexe mais il est tout de même important d’avoir de bonne capacité de navigation surtout la nuit en montagne. Un éclairage puissant est primordial pour toutes les disciplines.

      Les grands lacs que compte cette région donnent lieu à de longues sections de kayak et c’est dans cette discipline que les plus gros gains (à mon avis) peuvent être réalisés. Une équipe rapide et efficace sur l’eau, autant en vitesse pure, en endurance qu’en capacité à s’orienter dans la noirceur la plus totale, aura un avantage certain sur les autres. L’équipage doit aussi être à l’aise à faire face à de fort vent et vagues qui peuvent se lever rapidement.

      Comme référence TRÈS approximative, j’évaluerai le dénivelé positif total à la course de 2009 à environ 6000 à 7000m avec une répartition d’environ 65% en trail et 35% en VTT. Mais ceci est très approximatif car je n’ai pas accumulé un log précis durant la course.

      Bonne préparation et n’hésitez pas à nous recontacter si vous désirez obtenir d’autres détails.

      Merci,
      Team Kinetic

      22 juillet 2011 à 11:32

  3. Bonjour Francis,
    Merci beaucoup pour ces précieuses informations. Je suis vraiment excité à l’idée de me lancer dans cette aventure avec mes collègues !
    Bien sportivement,
    Basile

    25 juillet 2011 à 6:46

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